Expérimenter la tendresse de Dieu dans une période d’insécurité
devient une force dynamique qui pousse à aller à la rencontre
des autres pour recevoir et donner cette Amitié.
Petite soeur Isabelle, arrivée depuis quelques mois à la fraternité de Strasbourg,
a ressenti l'insécurité que représente tout changement de lieu de vie : se situer
dans un quartier, tisser des relations, trouver un emploi…
Aujourd’hui, elle travaille comme infirmière, dans un centre de soins à domicile.
"En arrivant à Strasbourg, je souhaitais trouver un emploi en service de soins palliatifs, cela n’a pas été possible. Alors j'ai frappé à des portes autres que le milieu hospitalier et les maisons de retraite. Cette recherche m’a permis de très belles rencontres.
Sur le conseil d’un Directeur des Relations Humaines, j’ai sollicité la reconnaissance de travailleur handicapé à cause de ma perte auditive.
Elle m’a été accordée, mais n'a pas été une aide pour trouver un emploi ! Ce fut plutôt une étape supplémentaire pour accepter et assumer le mieux possible ma fragilité, en solidarité avec tant d’autres."

Isabelle à la fraternité
J’ai d’abord travaillé deux mois dans une clinique avec un contrat à durée déterminée. Puis j’ai été embauchée dans un centre de soins à domicile. Nous sommes neuf infirmières, plusieurs à temps partiel.
J'apprécie l'ambiance qui règne entre collègues lors des courts moments où nous pouvons être ensemble. Par exemple au moment des transmissions nous faisons le point sur nos interventions, sur les attentes des patients et de leurs familles...
Même, alors que la plupart du temps je travaille seule, je sais que je peux compter sur les autres infirmières et elles sur moi, quand un problème se présente : retard dans la tournée, panne, appel des pompiers, ou encore quand une personne refuse d’ouvrir…
En cours de tournée...
La circulation dans ces cités est réputée très compliquée. Il m’a fallu plus d’un mois pour me repérer, juste assez avant l’hiver et le faible éclairage.
Les hommes d’entretien du quartier, quand j’arrivais à les trouver, ont été comme des anges à qui je pouvais demander mon chemin.
Les ascenseurs en panne et si sales me font préférer les escaliers pas tellement plus propres d'ailleurs.
D’importants travaux de voirie ont commencé.
Dans ces affreux labyrinthes, les allées et venues à pied ou en voiture me sont précieuses; elles me permettent le silence intérieur nécessaire à toute rencontre dont celle avec Dieu qui a saisi mon coeur.
Nous allons, en moyenne une fois par semaine et pour quelques minutes, chez des personnes traitées pour des maladies chroniques, psychiatriques ou des cancers.
Dans ces temps très courts il arrive que l'un ou l'autre patient laisse sortir de son coeur ce qui le préoccupe : aggravation, amélioration, fatigue, souci, peine ou joie…
Je confie au Seigneur ce que j’entends, vois, touche, sens, devine… Lui seul sait.
Nous intervenons surtout chez des personnes âgées, souvent seules et qui ne sortent plus de chez elles.
Je constate qu'elles sont toujours en attente : des repas, du facteur, de l’aide-ménagère, de l’aide-soignante, de l’infirmière, plus rarement d’un enfant.
L’attente leur est pénible, elle leur rappelle en permanence leur dépendance.
Parfois à mon arrivée, j’entends une première remarque qui exprime une souffrance, puis vient une parole de reconnaissance. J’en suis touchée, car je ne fais que mon travail !

Le temps du soin et de l'écoute
Devant cette solitude de la personne âgée chez elle, son besoin de sécurité et d'affection,
comment me situer comme professionnelle, et avoir à la fois une certaine amitié pour elle?
Comment entendre les comparaisons sur nos manières de travailler en équipe sans céder aux exigences qui s'en suivent et au risque de division?
Après avoir exercé en milieu hospitalier, je prends conscience du contexte d'un service à domicile.
Les personnes sont chez elles, ce sont elles qui décident d'une certaine organisation et non les seuls soignants. La relation s'en trouve bien différente.
Avec le temps, la connaissance, la confiance, une relation profonde s’établit,
sans même beaucoup de mots.
Le trésor de tendresse cachée en l’autre comme en moi peut se manifester.

"Avec une amitié sans fin,
je te manifeste ma tendresse."
Dans le courant de l’année, lors d’une célébration, j’ai reçu cette Parole :
« J’avais caché mon visage un instant loin de toi. Mais avec une amitié sans fin, je te manifeste ma tendresse, dit Celui qui te rachète, le Seigneur… »
Cette Parole du prophète Isaïe (54, 8) je l'ai reçue comme un cadeau.
Et, si je l'ai reçue ainsi, c'est aussi pour en vivre et la partager.
Mon travail est un lieu où le Seigneur m’invite à donner sa tendresse,
à Le retrouver en chacun, à raviver sa Lumière."
Malgré une insécurité pour nous aussi soignants,
quand par exemple notre coup de sonnette n'obtient pas de réponse et que l'on se demande si derrière la porte il y a encore de la vie,
je suis heureuse d’aider les personnes âgées à rester chez elles selon leur désir. Je pense à mes parents, à tous ceux de nos familles, de nos quartiers.
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Dernière mise à jour: le 20/06/2012
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