Emploi, vie de famille, de fraternité, quel équilibre?

Les conditions de travail, de chômage… influencent notre vie quotidienne;

si l’emploi est incontournable pour une prise en charge responsable de la vie économique,
comment trouver l’équilibre préserver des relations harmonieuses en famille, en communauté, dans tout groupe humain ?


Des tensions diverses

Les tensions qui existent dans l’équilibre relationnel d’une famille, à cause de l’emploi ou du non-emploi, se retrouvent dans notre vie de fraternité.

Lorsque nous sommes plusieurs au travail il est parfois difficile de nous retrouver toutes ensemble. Les horaires différents, hachurés réduisent les temps de convivialité.

 

 


Des questions sans cesse actualisées

Quels moyens pour résister à l’ambiance d’individualisme, de compétition, d’efficacité…
pas seulement pour un choix d’équilibre de vie mais aussi par respect de la Création
libre voulue par Dieu.

Oser poser des limites pour rendre moins poreuse la frontière entre le temps professionnel et celui de la famille, de la communauté, ou simplement personnel.


Où nous portent nos rêves?

Nous avons choisi la solidarité pour être en proximité avec ceux qui vivent ces conditions souvent inhumaines dans le stress, les excès de fatigues, les blessures physiques tel le mal de dos, ou encore le burn out…

Mais jusqu’où aller ?

 

 


Ce qui est primordial

« Un emploi me permet de participer à la vie économique de ma fraternité,
et de partage avec celles qui à travers le monde se trouvent en difficulté.

Le travail cependant ne se résout pas à cela,
il me met en lien avec des collègues,
et j’ai à cœur de ne pas passer à côté de ce qui est primordial :
la relation à l’autre. »

 

 

Privilégier cet aspect demande parfois pas mal d’imagination.

Pourtant un sourire, un mot pour demander des nouvelles des enfants, de la famille… sont comme des victoires d’humanité.

 

 

 

 


Pain rompu pour la vie du monde

Si le risque est bien présent de s’identifier de manière
radicale à la condition d’ouvrière,
notre choix de vie nous recentre sur Jésus et l’Évangile.

Le travail est l’un de ces morceaux de pain
rompu pour la vie du monde.
C’est un aspect de Nazareth à travers lequel nous rejoignons,
par le vécu, une solidarité profonde.

A l’image de Dieu, aimer sans limites,
et être collaboratrices de sa Création.

 

Travailler en Europe

Une trentaine de petites sœurs, issues de différents pays d’Europe,
ont relu ensemble la place du travail salarié dans la vie des
fraternités aujourd’hui, dans la société.

Des emplois manuels, sans qualification; des contrats courts sans avenir, etc.
Cette rencontre a eu lieu fin septembre 2016 en Irlande du Nord.


Tour global d’une situation

« Nous avons évoqué la situation générale du travail et du chômage dans nos pays. Ce que nous signalons depuis bien des années déjà sur la précarité, les personnes exclues, les horaires difficiles et instables, la pression au rendement, etc. tout cela n’a cessé d’augmenter dans toute l’Europe.
Il est de plus en plus difficile de trouver un travail, même précaire,
et le salaire ne permet pas de vivre.

 


Quel type d’emploi?

Les contrats à durée limitée voire sans sécurité sociale ni congés payés se multiplient.
Parfois c’est un mi-temps ou seulement quelques heures, parfois l’obtention d’un temps plein,
parfois cumul de plusieurs petits emplois.


Dans quels secteurs ?

La diversité des secteurs représentés par nos emplois
montre que les conditions de travail affectent de
nombreuses filières de base. C’est dans ces filières
que les personnes les moins qualifiées,
donc plus vulnérables, trouvent à travailler.

Agent d’entretien avec ou sans contrats.
Dans les commerces, employée d’imprimerie,
travaux saisonniers, emplois de réinsertion, etc.

Et aussi le chômage de longue durée.

 


Des personnes ?

Nous avons beaucoup parlé des horaires flexibles, ils empirent avec l’utilisation du mobile. L’employé doit être joignable et disponible tout le temps : quelle séparation entre vie privée et vie au travail. les « burn-out » se répandent.
L’une de nous, magasinière, a des écouteurs, un micro, et communique toute la journée avec l’ordinateur qui lui dicte ce qu’elle doit faire et qui la contrôle en tout.

Il arrive que des salaires soient payés avec des retards de plusieurs mois.


Quelle place pour chacun?

De plus en plus nous travaillons avec des collègues d’autres pays. Se pose alors un problème de communication et même de sécurité quand la langue française n’est pas maitrisée.

Les personnes immigrées, qu’elles proviennent de l’Europe
ou de plus loin, restent les plus exploitées, discriminées.

Nombre des personnes découragées ne cherchent même plus le travail,
comme beaucoup de nos voisins.


 

Rester debout

Des petits gestes de solidarité existent entre collègues,
mais ils ne viennent plus de soi. L’ambiance de concurrence,
de méfiance est une entrave aux relations de confiance.

Parfois, des dialogues brefs s’instaurent sur les grandes
questions de la vie.
Parfois, nous entrons dans une démarche syndicale,
ou seulement en osant la parole.

 

 


 Inventivité, reconversion

En Autriche, le seul travail de la ferme ne suffisait pas pour gagner la vie de la fraternité.
Thérèse a eu l’idée de l’apiculture.
Ce fut tout un chemin de concertation avec les petits agriculteurs.

Après la fermeture de la ferme, les petites sœurs ont planté un verger.
Des jeunes réagissent :
« Voilà une solution d’avenir et une façon de retrouver la vie dans une société d’abrutissement. »


Solidarité en deux axes

Ce travail sain, apaisant, qui promet la vie,
contraste avec ce que nous avons partagé auparavant !

Mais n’y a-t-il pas de la place pour ces deux manières de vivre le travail :

L’une est un pâtir dans le système actuel,
L’autre est de proposer autre chose.

 

« Nous restons convaincues de la nécessité
de la créativité et du travail avec les autres. »

 

Côté femmes à Calais

Combien sont-elles dans ce groupe humain composé d’environ quatre-vingt-dix pour cent d’hommes?

Certaines sont hébergées au centre d’accueil en bordure du bidonville,
d’autres vivent en famille ou seules avec leurs enfants sur le terrain.

Joanna et Monika, petites sœurs en France, viennent de vivre,
grâce au Secours Catholique présent à Calais, des moments intenses
de partage avec ces femmes enfouies dans le quotidien d’un bidonville.


Aller vers elles

Avec Mariam, du Secours Catholique, nous partons un matin au-devant des femmes du bidonville pour les inviter à une journée hebdomadaire qui leur est réservée à elles et à leurs enfants.

La bretelle de sortie d’autoroute donnant accès au bidonville est fermée, nous n’avons d’autre solution qu’un détour par le port. Route impressionnante, car encadrée de clôtures immenses dans leur longueur et leur hauteur. A leur sommet des pièces coupantes dissuadent  quiconque tenterait  l’escalade.

 

 


Humaines dans la précarité

De tentes en abris de fortune nous rencontrons une à une les habitantes de ce bidonville.
Il pleut sans cesse il reste peu de place au sec.

Elles n’ont pas grand-chose à disposition et pourtant le thé, le café, un morceau de pain…
nous sont offerts à chaque fois.

La veille il y a eu des bagarres, ce qui n’a rien d’étonnant vu la promiscuité, la fatigue,
les espoirs déçus… et les tensions politiques vécues dans les pays d’origine.
Les femmes nous disent leur peur. Peur pour leurs enfants, pour elles-mêmes.


Un peu de répit

Cette journée réservée aux femmes se veut un répit dans la tension ambiante.
Au local du Secours Catholique nous préparons ensemble le repas. Puis nous nous installons, à quelques-unes, sur un tapis déroulé à terre, pour prendre le thé et discuter.

Ce jour-là nous sommes nombreuses, heureusement des bénévoles sont venues en renfort. Le local ressemble à une ruche qui bourdonne d’activité dans le calme :

– peintures, gommettes, jeux… pour les petits,
– Tableaux à gratter… pour les ados,
– Tricot, crêpes… pour les mamans


 

 

Debouts dans le moment présent

Sonia participe aux activités tout en surveillant sa fille de huit ans, une petite fille déjà grande et sérieuse pleine d’écoute et de sagesse.
Malika dit son angoisse, sa souffrance d’avoir vu son mari assassiné au pays. Un mari qui était bon et qu’elle aimait.

Tout en gardant une constante inquiétude au fond d’elles-mêmes, elles goûtent un peu de détente à écouter de la musique, à danser, à retrouver un peu de plaisir par le maquillage mis à disposition.

 


 

Avec celles qui ne peuvent venir

Nous allons manger dans une famille syrienne, Mariam avait apporté le matin de quoi faire la cuisine. Cette fois nous sommes chez elles, côté femmes de la famille, nous discutons avec leur trésor : une jeune fille de 14 ans.

Puis nous continuons et rencontrons une famille dans une petite caravane. La maman prépare le thé, du pain, des noix… Nous sommes au Proche Orient, cette hospitalité sacrée nous touche toujours. Ils n’ont rien et ils partagent le peu qu’ils ont.


 

Réciprocité

Fatigue, lassitude, peur… se lisent sur le visage de ces femmes et pourtant quand nous parlons avec elles nous voyons bien qu’elles ne s’appesantissent pas sur leur sort.

Si nous souhaitons, par notre démarche, leur apporter un peu d’amitié et de réconfort, nous constatons que nous sommes en présence de femmes dignes et fortes dans ce qu’elles assument aujourd’hui.

La rencontre est riche de réciprocité et cela nous émerveille.

 

Pourquoi là-bas? Pour quel peuple?

Après plusieurs années passées en région parisienne,
Martine rejoint Malaga, une fraternité au sud de l’Espagne.

Pourquoi là-bas ? Qui a décidé ? Pour quel peuple ?…
Martine nous raconte ses premiers pas en Andalousie


Un souhait, un élan

Après de belles et nombreuses années à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, dans un quartier multiculturel, je vis maintenant à Málaga. C’est en Andalousie, dans le sud de l’Espagne.

 

 

 


Une continuité

Depuis longtemps je souhaitais un partage d’amitié avec des personnes concernées par la prison: détenus, ex-détenus, leurs familles, jeunes délinquants.

J’avais pu le vivre à La Courneuve, dans notre quartier, et comme visiteuse de prison.
Et je savais qu’à Málaga nous avions une fraternité plus particulièrement consacrée à ce milieu.

 


Un appel insistant

Jusqu’à cette année 2014 où l’appel de Dieu a résonné fort, d’une manière insistante…
J’en ai parlé à mes sœurs de communauté et à celles qui sont chargées de nous écouter, discerner avec nous et nous envoyer… et j’ai été tellement heureuse quand toutes ont dit “oui” pour m’envoyer à Málaga!

 


 

Autres manières d’être en relation

Tout est à découvrir, en particulier la manière de se relationner, surtout
avec les gitans, ici très nombreux.
On s’exprime beaucoup, on a des gestes très simples mais impensables en France, on n’a pas le même sens des limites horaires… tout est très intense… Le cœur a toute sa place!

 

 


Derrière les visages souriants

Il y a toutes sortes de fêtes: le climat est enchanteur et les gens chantent et dansent!
Avec eux, j’apprends à déposer mon stress parisien… et peu à peu je découvre derrière
bien des visages souriants et tranquilles, une autre forme de stress, celle de la grande
pauvreté, de la faim, de la solitude, de l’inquiétude pour l’avenir.


Tenir bon

Le chômage est ici massif, dans notre quartier la drogue, l’alcool ou la maladie font rage.

Et là… le miracle :
Tant d’associations qui aident, beaucoup sont d’Église mais pas toutes…
Tant de personnes qui, envers et contre tout, tiennent bon…
Tant de sursauts de vie, de générosité ou de foi chez les plus pauvres…

 


 

Liens de quartier hors du quartier

 

C’est à partir de ce contexte de quartier que notre fraternité vit son lien avec la prison qui concerne ici presque toutes les familles.
Cela, je le raconterai une autre fois… A bientôt!

« Quel cadeau pour nous ! »

« Quel cadeau pour nous de passer toute cette semaine de pèlerinage aux Saintes Maries de la mer. »

Toutes les deux, petites sœurs en caravane, partagent la vie des gens du voyage en Italie.
Clémence vient de Belgique, Rania du Liban.


duo

Vie de terrain

Nous y retrouvons avec joie la vie sur le terrain,
les visites dans les caravanes, les repas en famille
avec les uns et les autres…

Nous y découvrons aussi une aumônerie vivante,
composée de « gagé » (*) et de gens du voyages
venant de toutes les régions de la France.


Temps de Célébration…

Quotidiennement nous nous retrouvons sous l’auvent d’une caravane pour célébrer l’eucharistie.
Nous pouvons être une trentaine : sinti italiens, yennich suisses francophones et allemands,
manouches français et « gagé » de ces différents pays… et nous deux de Belgique et du Liban.


… partager sa foi

Ces messes célébrées plein vent, au milieu des caravanes, nous ont touchées le cœur,
tout comme les partages, les témoignages et les prières de nos frères et sœurs « gitans ».

Un petit groupe de jeunes nous a aussi émues par leur simplicité,
leur engagement et leur enthousiasme à proclamer leur foi.

Si la messe est célébrée en très petit comité, les veillées du soir, elles,
réunissent tout le monde dans l’Église pour des moments de prière
d’une grande profondeur.


 

Un jour dédié à Sainte Sara : le 24 mai

Dès le matin, malgré une Église extra pleine, les gens du voyage continuent à entrer, ils viennent se serrer dans le chœur, au pied de l’autel et partout où il reste une petite place.

Les chants résonnent au son des guitares :
Vive les Saintes Maries,
Vive Sainte Sara !!!

 


 

Un Peuple en Église

Un Peuple qui prend place en Église pour animer les célébrations, accueillir lui même les reliques des Saintes Maries, et porter Sainte Sara.

L’après-midi, nous l’accompagnons à la mer. Elle est  parée de tant de manteaux qui sont autant de prières des voyageurs et, portées par ceux-ci.

 


 

Sur la route du retour…

Nous reprenons la route de l’Italie et nous arrêtons à Briançon.
Sur le terrain des gens du voyage, nous sommes accueillies à
bras-ouverts par Stella avec qui nous passons une merveilleuse soirée.
Elle a connu les petites sœurs quand elle était enfant…
Nous nous sentons tout de suite en famille.


 

Quitter et retrouver

Le lendemain le départ fut difficile, mais « notre cœur était tout brûlant en quittant cette « auberge » » pour reprendre la route vers d’autres amis…

Le soir, nous retrouvons des Sinti italiens rencontrés aux Saintes Maries et qui avaient insisté pour que nous venions les voir en allant à Turin. La joie de nous revoir est réciproque.


 

Amitié et fidélité

Nous avons été touchées de constater que tant de cœurs nous ont été ouverts grâce à l’amitié et la fidélité des différentes petites sœurs qui ont vécu parmi les gens du voyage en France, dans le Nord et en Italie…

 

 

 


* « Gagé » : non voyageur
* Pia et Thérèse : deux petites qui vivent en caravane et partagent le quotidien des gens du voyage depuis de nombreuses années